Dans l’hôpital de demain, 70% des actes seront effectués en ambulatoire, les patients rentreront chez eux de plus en plus tôt et seront pris en charge en ville par des infirmières en lien avec le médecin généraliste, pronostique Stéphanie Gefflot, infirmière diplômée d’État, hygiéniste à l’Hôpital à Domicile (Nantes), qui explique comment l’antisepsie en postopératoire a évolué.

TLM : Quels sont les grands principes de l’antisepsie postopératoire ?

Stéphanie Gefflot : L’objectif est clair depuis longtemps. L’antisepsie en postopératoire vise à réduire le nombre de micro-organismes sur la peau pour éviter les infections notamment au niveau du site opératoire et permettre ainsi une cicatrisation optimale. En 2022, la Haute Autorité de santé a publié des recommandations sur l’antisepsie concernant les peaux suturées après un acte chirurgical. Selon ces recommandations, largement reprises et diffusées, il n’est pas nécessaire d’utiliser systématiquement des antiseptiques sur la peau après une intervention chirurgicale.

Les recommandations insistent sur la nécessité de nettoyer les cicatrices chirurgicales à l’eau et au savon doux, à PH neutre, et de les recouvrir pendant quelques jours avec un pansement sec. Cette antisepsie à l’eau et au savon permet de respecter le microbiote naturel de la peau. De manière générale, il faut éviter toute friction au niveau de la plaie suturée et ne pas utiliser d’antiseptiques quand l’évolution est satisfaisante.

Que faut-il faire si la plaie présente des signes inflammatoires ?

Quand la peau avec une cicatrice postopératoire présente des signes inflammatoires, il est nécessaire de prévenir le médecin ou le chirurgien qui a pratiqué l’intervention. Ces signes inflammatoires peuvent traduire la présence d’une infection. À ce stade, il est nécessaire d’appliquer un antiseptique sur la cicatrice et d’utiliser des antiseptiques aqueux à large spectre, notamment les dérivés iodés ou chlorés comme la povidone iodée ou l’hypochlorite de sodium. Les antiseptiques alcoolisés ne doivent pas être utilisés sur les plaies, l’indication est uniquement sur peau saine.

Quels sont les signes à surveiller en postopératoire pour le patient et son médecin ?

Pour favoriser une bonne guérison après l’opération il est important que le patient participe activement à sa récupération, en suivant les recommandations médicales. Il doit vérifier l’absence de douleur, de rougeur, d’œdème, d’écoulement, d’ouverture de la plaie, au niveau de la cicatrice opératoire. Tout signe d’alerte doit être signalé au médecin ou à l’infirmière. Le cas échéant, il faut essayer de comprendre avec le chirurgien pourquoi le processus de cicatrisation n’est pas habituel. Il peut être nécessaire de pratiquer des écouvillonnages, des prélèvements à la recherche d’une infection. Il faut être vigilant quand une cicatrice est suturée avec des fils ou des agrafes, la peau peut rejeter ce qu’elle considère comme un corps étranger.

Et quels antiseptiques utiliser en préopératoire ?

Avant toute intervention, le patient doit prendre une douche la veille et le matin de l’opération, avec un savon au PH neutre ou un savon antiseptique. Avant l’incision chirurgicale, les recommandations de 2013 de la Société française d’hygiène hospitalière rappellent l’importance de l’utilisation d’antiseptiques alcooliques sur peau saine, notamment la povidone iodée alcoolique. En revanche, un antiseptique aqueux sera appliqué sur les muqueuses.

Existe-t-il un risque allergique avec les produits antiseptiques ?

Récemment, l’ANSM a émis une alerte sur le risque allergique lié à la chlorhexidine. Le problème est l’utilisation de la chlorhexidine par les fabricants de produits d’hygiène qui ont tendance à en mettre un peu partout. On la retrouve notamment dans les bains de bouche, les comprimés à sucer contre le mal de gorge, les produits de beauté, les savons, dans certains pansements et les patchs pour cathéter. Cette exposition massive à la chlorhexidine a créé une sensibilisation, avec un risque accru d’intolérance et d’allergie. On ne retrouve pas cette sensibilisation avec la povidone iodée ou les dérivés chlorés sous leurs différentes formes.

Qui peut prescrire des antiseptiques ? Ces produits sont-ils remboursés ?

Les infirmières diplômées d’État peuvent prescrire certains antiseptiques, en particulier la povidone dermique aqueuse ou sous forme de savon. Pour ce qui est du remboursement, certaines présentations en 125 ml pour la povidone iodée et en 250 ml pour les chlorés sont prises en charge par l’Assurance maladie. Ces produits ont une date de validité maximum d’un mois après ouverture. Il est dommage que les conditionnements plus petits, comme les unidoses, ne bénéficient pas d’un remboursement. Une prise en charge par les pouvoirs publics permettrait de limiter le gaspillage et d’optimiser l’utilisation des produits de santé.

Faut-il élargir la possibilité de prescription de tous les antiseptiques aux infirmières diplômées d’État ?

Dans l’hôpital de demain, 70% des actes seront effectués en ambulatoire. Après une intervention chirurgicale, les patients rentreront chez eux de plus en plus tôt, de plus en plus vite et seront pris en charge en ville par des infirmières, le plus souvent en lien avec le médecin généraliste. À cet égard soulignons qu’une uniformisation des pratiques est souhaitable pour que tous travaillent avec les mêmes recommandations.

Propos recueillis par le Dr Martine Raynal

Sources:

TLM N°139 AVR-MAI-JUIN 2025