Antisepsie : quel rôle pour le pharmacien d’officine ?

Premier interlocuteur de santé pour de nombreux patients, le pharmacien d’officine est au cœur de la prise en charge des situations du quotidien, notamment lorsqu’il s’agit d’antisepsie et de soins cutanés. Conseiller un antiseptique ne se résume pas à délivrer un produit : le pharmacien questionne, évalue la situation, sélectionne la solution adaptée et accompagne le patient dans le bon usage. Le point avec Ghulam Yahiya, pharmacien d’officine à Nice.

TLM : Quel rôle joue aujourd’hui le pharmacien d’officine dans la prise en charge des patients ?

Ghulam Yahiya : Nous sommes le premier interlocuteur de santé pour de nombreux patients qui ont désormais le réflexe de rentrer en pharmacie pour obtenir un premier conseil. Le pharmacien (environ 20 000 officines en France) incarne le professionnel de santé de proximité, toujours accessible, sans rendez-vous et ouvert dix heures par jour. Par ailleurs, il n’est pas rare que les consultations médicales s’enchaînent et n’offrent pas aux praticiens le temps nécessaire pour tout expliquer aux patients. Il nous appartient donc de déverrouiller ce qu’ils n’ont pas compris sur la prescription afin de les rassurer.

Lorsqu’un patient se présente avec une ordonnance ou une demande d’antiseptique, quelles sont vos premières questions ?

Le pharmacien ne se contente pas de délivrer un produit. Afin d’assurer une prise en charge personnalisée, il est essentiel de connaître le contexte dans lequel la plaie a été occasionnée, le cas échéant, ou la nature de l’intervention prévue et le profil médical du patient. On vérifie également les allergies et les contre-indications éventuelles avant de délivrer un antiseptique. Enfin, cela peut aussi être l’occasion de vérifier que les vaccinations du patient sont bien à jour.

Selon quels critères évaluez-vous si la situation relève du conseil officinal ou nécessite une orientation médicale ?

Pour savoir quand consulter à l’occasion d’une plaie, il convient d’analyser la gravité de la plaie. En effet, à l’officine, nous ne prenons en charge que les plaies superficielles et sans signe de gravité. En revanche, une consultation médicale s’imposera en cas de plaie ouverte, profonde et localisée sur des endroits critiques comme le crâne ou l’œil, par exemple. Un saignement abondant est également un motif de consultation.

Une fois la situation évaluée, comment choisissez-vous parmi les différentes solutions antiseptiques disponibles ?

L’utilisation des antiseptiques est particulièrement large, car ils peuvent être utilisés de manière préventive ou curative, sur la peau, les plaies ou les muqueuses, et présentent des caractéristiques différentes selon les spécialités. En officine, l’analyse de la plaie mais aussi du profil patient sont des déterminants essentiels au choix de la solution antiseptique la plus adaptée. Pour une plaie superficielle ou une piqûre, par exemple, la Bétadine dermique (dès 30 mois) en solution ou en gel est l’antiseptique de référence, car elle a une très bonne activité antibactérienne et qu’elle est très bien tolérée. Enfin, si le patient est un enfant, il va de soi que nous nous dirigerons plutôt vers une solution sans iode, type Dakin.

Certaines prescriptions mentionnent une douche antiseptique avant une intervention. Quel est l’intérêt de cette étape ?

La douche préopératoire est un acte de plus en plus courant. Elle se fait généralement avec de la Bétadine Scrub, version moussante, utilisée la veille de l’opération et le jour J. Cette étape est cruciale, car elle vise à réduire le risque d’infection postopératoire en participant efficacement à l’élimination des germes présents naturellement sur la peau, ce qui réduit par conséquent le risque de contamination du site opératoire pendant l’intervention. Le risque d’infection nosocomiale est considérablement diminué. Ce geste présente aussi l’intérêt, selon moi, de placer le patient dans les conditions psychologiques nécessaires avant son opération et de le rendre acteur de sa santé !

Quels conseils complémentaires donnez-vous généralement aux patients ?

Le pharmacien ne se contente pas de la délivrance de médicaments : il contribue également à l’information et à l’éducation du public en matière sanitaire et sociale. En tout état de cause, nous prêtons une attention particulière aux conditions de conservation des antiseptiques et aux contre-indications éventuelles.

Propos recueillis par Marie Ruelleux

Sources : TLM N°144 JUIN-SEPTEMBRE 2026