La prévention des infections du site opératoire repose sur une succession de gestes complémentaires, depuis la préparation du patient jusqu’à l’antisepsie réalisée au bloc. Parmi eux, la douche préopératoire occupe une place importante, même si sa mise en œuvre reste parfois inégale. Focus sur ce geste de prévention, simple et efficace, avec le Dr Marion Lefebvre, pharmacien au département de prévention des infections associées aux soins du CHU de Rouen.

TLM : Pourquoi la douche préopératoire est-elle une étape clé dans la prévention du risque infectieux ?

Dr Marion Lefebvre : La douche préopératoire correspond à la douche réalisée avant une intervention chirurgicale pour préparer la peau du patient. Elle sert à éliminer les souillures visibles présentes sur la peau, ce qui contribue à diminuer la charge bactérienne cutanée, afin de la préparer à l’antisepsie qui sera effectuée ensuite au bloc opératoire. Cette étape peut aussi jouer un rôle pour limiter la contamination en cours d’intervention, après l’incision, car le bloc opératoire est un environnement très particulier, dans lequel le traitement de l’air est conçu pour limiter au maximum la présence de particules. La douche préopératoire pourrait donc aussi contribuer à limiter cette contamination particulaire avant l’entrée en salle d’intervention.

L’enjeu n’est pas seulement d’avoir un patient « propre » au sens courant du terme. Il s’agit d’une véritable préparation cutanée avant l’acte chirurgical. En éliminant les salissures, cette douche favorise de meilleures conditions pour l’antisepsie réalisée ensuite. Elle s’inscrit ainsi dans l’ensemble des mesures mises en place pour prévenir les infections du site opératoire.

Existe-t-il des recommandations officielles concernant cette pratique ?

Oui. Les recommandations de la Société française d’hygiène hospitalière, publiées en 2013 et toujours utilisées aujourd’hui, précisent qu’une douche préopératoire doit être réalisée au plus près de l’intervention. Cette douche peut être faite avec un savon liquide doux ou un savon antiseptique. Dans la pratique, le choix dépend souvent des habitudes ou des recommandations du chirurgien. L’essentiel est surtout que la douche soit correctement réalisée et qu’elle permette d’éliminer les souillures visibles.

Comment cette douche doit-elle être réalisée concrètement ?

La douche préopératoire n’est pas une douche « classique ». Elle doit être réalisée de manière méthodique, en insistant sur certaines zones du corps où les souillures sont souvent plus importantes : derrière les oreilles, sous les bras, dans le dos, sous les plis mammaires, au niveau du nombril, des parties intimes et des fesses. Il est recommandé de commencer par le haut du corps et de descendre progressivement, en terminant par les pieds. Il est également important d’utiliser une serviette propre et d’enfiler des vêtements propres après la douche. Par ailleurs, certains prérequis doivent être respectés : retirer les bijoux, garder les ongles courts et sans vernis (pour la surveillance de la SaO2), et demander de l’aide en cas de zones douloureuses ou difficiles d’accès.

Le shampoing est-il également recommandé ?

Le shampoing n’est pas systématiquement nécessaire. Les recommandations indiquent qu’il est utile si les cheveux ou le haut du corps se situent dans le champ opératoire. Il peut être effectué avec un savon liquide classique ou antiseptique, comme la douche.

En pratique, la douche préopératoire est-elle respectée ?

Dans les services de soins, la douche préopératoire est souvent considérée comme un geste simple, alors qu’il s’agit en réalité d’un soin. En théorie, sa réalisation et sa vérification relèvent de la responsabilité des équipes paramédicales, notamment des infirmiers, même si elle est fréquemment déléguée aux aides-soignants. Dans la pratique, les informations données aux patients sont parfois limitées. Par ailleurs, certains ont des difficultés d’autonomie, des douleurs ou des zones difficiles d’accès, ce qui peut compliquer une réalisation correcte de la douche.

Le développement de la chirurgie ambulatoire change-t-il la donne ?

Effectivement. Avec la chirurgie ambulatoire, la douche est très souvent réalisée à domicile. Les patients reçoivent généralement un document explicatif, mais celui-ci peut se retrouver noyé parmi les nombreuses informations transmises. L’enjeu est donc de mieux expliquer l’intérêt de cette étape. La plupart des patients sont tout à fait capables de réaliser correctement cette préparation lorsqu’ils comprennent son importance.

Des travaux ont-ils été menés pour améliorer les pratiques ?

À cet effet, un projet intitulé Prodouch’Op a été lancé au CHU de Rouen à partir de 2019, à la suite de signalements d’événements indésirables concernant des patients arrivant au bloc opératoire avec une propreté cutanée insuffisante. Ce projet a réuni des hygiénistes, mais aussi des soignants (IDE, AS, IBODE, chirurgiens, cadres de santé), des sociologues de la santé et des chercheurs en psychologie, afin d’identifier les freins à la bonne réalisation de la douche préopératoire et de proposer des outils d’amélioration.

Les travaux ont notamment montré que les patients se sentaient rassurés lorsque les soignants expliquaient la procédure et vérifiaient la propreté cutanée. À l’inverse, ce sont souvent les soignants eux-mêmes qui expliquent se sentir mal à l’aise pour aborder précisément ce sujet, c’est-à-dire aller au-delà des classiques « Vous prendrez une douche avant l’opération » et « Vous avez bien pris votre douche ? ».

Quels outils existent aujourd’hui pour accompagner les équipes ?

La mission nationale SPICMI (surveillance et prévention du risque infectieux en chirurgie et médecine interventionnelle) propose de nombreux supports sur la préparation cutanée et la douche préopératoire. Ces documents permettent de sensibiliser les professionnels, de réaliser des audits de pratiques et de fournir des supports pédagogiques aux patients.

Propos recueillis par Solène Penhoat

Sources : TLM N°143 AVRIL-MAI-JUIN 2026